The dream gets bigger!
/Après mes deux premières semaines à Muktuk, Graham, l'un des guides décide de mettre fin prématurément à son contrat après 3 mois de service. Le job demande beaucoup d'implications et les heures travaillées sont généralement plus nombreuses que celles payées. Et puis le tempérament de Jeff, le boss côté guide, est une raison de plus pour Graham de mettre les voiles.
C'est pour moi une excellente nouvelle et opportunité car ce départ me permet d'accéder à la fonction de guide ! Une véritable aubaine ! Je suis content de ma position de volontaire mais la diversité et les responsabilités qu'apporte ce différent statut m'attire encore davantage.
Me voilà guide !
La bible du guide
Jon, le second guide, me donne toutes les ficelles la première semaine pour que je sois apte à remplir pleinement mes nouvelles tâches. Il va désormais s'occuper uniquement des excursions à la journée et je prendrai en charge les demi-journées.
La journée de travail d'un guide commence la veille avec la préparation des équipes pour le lendemain. En effet, il faut déterminer les chiens qui vont courir pour que l'on ait juste à préparer les traîneaux et les harnais. On garde une trace de qui a couru quand et à quelle position pour déterminer les coureurs du lendemain. A Muktuk nous avons 16 équipes de 6 chiens, en théorie. Car certaines sont en chaleur d'autres sont blessés ou bien ont besoin de repos donc ne peuvent courir. Il faut créer des équipes de 5 chiens en essayant de changer les leaders le plus souvent possible. Il est en effet injuste pour certains de toujours mener la danse. Il est également bon de leur proposer du changement pour éviter la routine. Malheureusement pour nous, tous ne sont pas bons à mener le traîneau. Il est bon de savoir qui est bon meneur pour les mettre avec des moins bons et éviter un total cafouillage pendant l'excursion.
En plus de cette rotation nécessaire, il faut éviter de mettre certains chiens côte à côte. Gobo par exemple doit être entouré de femelles pour éviter toute bagarre de sa part. Rooster et Boober sont dans la même équipe mais ne peuvent courir ensemble sans s’entre-tuer.
Bref, vous l'aurez compris une connaissance des chiens est plus que nécessaire :)
La composition des équipes est notée sur un bout de carton par équipe, que l'on attachera au traineau.
Le lendemain matin démarre aux alentours de 7h00 avec la préparation des traineaux et des harnais. On accroche le traineau à un poteau au niveau de l'équipe en question en déposant au sol le harnais de chaque chien. Il faut vérifier que les lignes où seront attachés les chiens sont opérationnels. Il faut également faire attention aux "chewers". Ce sont les chiens qui ont tendance à machouiller la ligne sur laquelle ils sont attachés au niveau du coup ainsi que la ligne du copain de devant. Pour eux, il faut leur mettre des ligne en métal plutôt qu'en corde.
Par -30° et dans un noir total (avec l'aide de la lampe frontale évidemment) c'est un bon exercice pour démarrer la journée !
Ensuite il est l'heure de prendre le petit déjeuner.
Jusqu'à l'arrivée des clients c'est plutôt cool, il faut simplement préparer les chaises, les décharges que les touristes signeront et donner un coup de main aux volontaires.
Une fois que les touristes sont là, il faut les habiller chaudement pour les préparer à ce qui va leur arriver ;) Certains ont vraiment (trop) confiance en leurs équipements mais on préfère les équiper avec les nôtres pour être sur qu'ils n’attrapent pas froid. L'argument de "vous risquez qu'un chien déchire votre veste ou votre pantalon" marche plutôt bien pour les encourager à enfiler nos vêtements ;)
Préparation des harnais et des traîneaux
Préparation des athlètes
Une fois qu'ils ont signé la décharge, délivrant Muktuk de toutes responsabilités d'éventuel accident, nous nous dirigeons à l'extérieur.
Je leur délivre un léger discours concernant l'attitude à avoir sur le traîneau et les bases pour "piloter" l'engin. C'est très simple, il y a seulement 2 freins qui permettent de ralentir ou bien d'arrêter le traîneau. En réalité ce sont les chiens qui font la majeure partie du travail. Ils doivent simplement rester les uns derrière les autre et éviter à tout prix de dépasser une autre équipe.
Je pars en premier avec la moto neige et ensuite les volontaires détachent les traîneaux un à un pour laisser les fauves s'exprimer :)
Départ de l'équipe de Kus, Liard, Fred, Sa et Cola
Départ de l'équipe de Treylock, Dobby, Arthur, Mindy et Hawk
Départ de l'équipe de Spaz, Copper, Jori et Ritter
En route sur la rivière Takhini
A travers le Yukon



Une fois sur la rivière je dois m'assurer que chaque "musher" arrive à stopper son traîneau et respecte une bonne distance avec l'équipe qui le précède. C'est assez simple mais il faut également avancer avec la moto neige et garder un oeil derrière sur l'ensemble du groupe qui peut compter jusqu'à 5 traîneaux. On fait régulièrement des pauses pour reposer les chiens mais aussi pour immortaliser ces instants magiques pour ces touristes du monde entier. Je dois également veiller à ce que les chiens ne s’emmêlent pas entre eux, ce qui arrive très régulièrement lorsque les leaders ne sont pas dans leur bon jour :)
Après une bonne heure sur la rivière nous faisons demi tour pour rentrer au bercail. La manipulation peut s'avérer musclée car si les équipes ne se suivent pas de près, les chiens tentent de couper le virage pour rejoindre la moto neige. Une fois cette tâche accomplie nous retournons au chenil sur le magnifique tapis blanc qui recouvre la rivière.
Vue depuis mon bureau
Activité n°1 : Démêler les noeuds !
Gérer l'arrivée des équipes peut s'avérer sportif
Les volontaires sont là pour accueillir les traîneaux et m'aider à les attacher à leur emplacement. Lorsque je rentre le soir et que ça coïncidence avec le retour des excursions à la journée, il faut arriver à gérer jusqu'à 10 équipes dans la cour. Il faut encore une fois agir bien et vite pour éviter toute bagarre entre les chiens ou tout incident avec les touristes. Mais avec le temps ça s'apprend plutôt vite et les réflexes s’acquièrent. Un snack et quelques bisous avant de raccompagner chaque chien à sa maison. Il est également temps pour les touristes de retrouver leurs vêtements et de savourer une boisson chaude et un bon brownie au chaud.
A leur retour, les touristes sont toujours heureux de leur expérience et reviennent avec de belles images en tête. Certains reconnaissent la détermination et le dévouement des chiens qui leur ont ont offert ces instants magiques.
Une fois les touristes partis il faut préparer les traîneaux et les harnais pour la deuxième partie de la journée ou bien ranger tout cela le soir. Le temps de remettre de l'essence dans la moto neige et aider les volontaires à nettoyer la cour il est 18h.
Une belle journée de 11 heures avec un rythme plutôt soutenu, six fois par semaine :)
Le job demande beaucoup d'attentions pour les touristes mais aussi et surtout pour les chiens. Il ne faut rien laisser au hasard et être attentif à chaque comportement (que ce soit humain ou animal ;) ce qui demande un gros travail de concentration, même par -35°. Et tout comme la position de volontaire, les tâches sont relativement physiques.
Mais dans ce décor inédit et avec tous ces sourires qui s'échappent à chaque fois, le travail prend tout ton sens. C'est un régal de voir les chiens en dehors du chenil et apprécier l'aboutissement de tous les efforts qu'on leur porte au quotidien. Les chiens sont réellement heureux de prendre la direction de la rivière et d'aller courir quelques heures. L'expérience est inoubliable et c'est vraiment satisfaisant de vendre du rêve à tous ces inconnus.
Demande en mariage sur la rivière
Beau qui prend une pause